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27/03/2010

Lettre ouverte aux Habitants de Cornus

Lettre ouverte aux habitants de Cornus ( Aveyron)

 

Par ce courrier nous voulons vous informer de ce qui s’est passé dans notre région du Lévézou au regard de ce que vous vivez à Cornus et vous dire que nos histoires ont un point de départ commun.

Votre projet est séduisant, un programme sobre, 3 éoliennes, vous gardez la maîtrise d’ouvrage et les bénéfices. Le projet est partagé par la population, la fracture sociale devrait être dans votre cas évitée. Cependant, vous garderez les nuisances. Elles seront toujours bien réelles, même si elles sont en partie compensées par l’argent perçu, et atténuées par le peu de machines. On pense particulièrement au bruit, à la perte de valeur du patrimoine de tous ceux qui seront à proximité, à l’atteinte aux paysages qui porte surtout préjudice au tourisme.

Pour quelques 3 éoliennes à Cornus, l’impact n’est pas important. Mais trois éoliennes vont en amener d’autres comme chez nous. Le projet est là, les promoteurs aussi, ils auront maintenant la partie facile pour prospecter et implanter sur ce magnifique plateau du Guillaumard toutes les machines qu’ils voudront. Les élus et la population de Cornus ne pourront plus s’y opposer.

À Viarouge, tout a commencé par 6 éoliennes, implantées convenablement, discrètes dans le paysage. S’il n’y en avait eu que 6, personne ne s’en serait aperçu, et nous n’aurions pas créé 10 associations de défense et un collectif !

Seulement voilà, nous avons été tous pris par surprise, population et élus. Car ce ne sont pas 6 mais 77 éoliennes industrielles qui ont été installées et 36 qui sont en voie de réalisation. On voit bien que le Lévézou est la seule région qui n’a pas opposé de résistance dès le début des années 2000. Ni les élus politiques, ni la majeure partie de la population, contrairement aux autres régions du département ne se sont levés contre ces projets par manque d’informations. Notre territoire est devenu en quelque sorte la poubelle industrielle de notre département.

Maintenant elles sont là, à 500 m des maisons, avec leurs nuisances, elles sont là pour longtemps. Force est de constater que le Lévézou a été sacrifié sur l’autel de sa faiblesse politique.

Notre pays sera-t-il riche pour autant ? Ce serait trop facile. Ceux qui gagnent de l’argent, ce sont les promoteurs. La manne financière apportée par nous, les consommateurs d’électricité, leur rapporte 12 fois plus que ce que peuvent gagner les propriétaires privés et les collectivités locales.

Pourquoi en est-il ainsi ? On laisse faire le profit, on n’a pas proposé un brin d’organisation. Personne n’a défini les règles d’implantation. Personne n’a tenu compte des populations locales qui souffrent aujourd’hui de leur présence tant visuelles que sonores. Personne n’a tenu compte de la dégradation de notre paysage. Aujourd’hui avec 77 éoliennes le saccage est criant. Quand nous en aurons 300 comme cela était prévu, notre Lévézou sera devenu une friche industrielle sans retour.

Vouloir concentrer les parcs éoliens dans une région comme cela se dessine, c’est reconnaître officiellement les méfaits de l’éolien.

L’intérêt de l’éolien est de plus en plus discuté. Des nombreuses voix autorisées mettent en doute l’éolien industriel comme solution aux besoins énergétiques de la France. « L’éolien n’est ni économe ni écologique… ». (Rapport de l’académie des technologies- 2008- )

Le démontage des éoliennes en fin de vie au bout de 20 ans, dont on ne parle jamais, sera à la charge des populations futures, car comme pour le photovoltaïque et le nucléaire, rien n’est prévu par la loi. Tout l’argent de la taxe professionnelle perçu pendant 20 ans devra servir au démontage. Trois éoliennes à démonter, ce n’est rien au regard de ce qui nous attend sur le Lévézou. Aujourd’hui, 77 éoliennes sont installées, 19 sont en attente de la décision du tribunal administratif, le refus de 25 refusées par le préfet, 45 sont refusées par les maires ou les particuliers, 32 restent en projet de demande de permis, soit 198 éoliennes à ce jour.

Il est temps de dire que trop c’est trop. Nombreux sont les élus sur le Lévézou et du département à avoir compris qu’il était temps de mettre un terme à ce saccage, mais peu osent encore l’afficher en public.

Alors amis de Cornus, vous avez mis le doigt dans la machine, n’y mettez pas tout le bras. Le danger guette. Restons vigilants.

L’histoire de Cornus ne doit pas être écrite de la même façon que celle du Lévézou qui a commencé à Viarouge. Elle vous appartient.

 

Mauriac le 25 mars 2010
Collectif « Agir pour le Lévézou »